Quand le rap n'est pas formaté, qu'il est underground: il dérange !
Pourtant ce ne sont pas les 1ers à critiquer le system et à parler des sujet qui fachent. Autrefois, Booba Rim-k - Banlieue, Ideal-j - Hardcore, et bien d'autres “peu médiatisé” ont ecrit pire à base de “nique les flics”, “brulez des Synagogues”, et bien d'autres encore qui du fait de leur caractère “underground” n'ont quasiement pas été inquité.
SA DIFFUSION est assez confidentielle, mais ses paroles (et surtout ses images) en font le nouveau « rap qui fâche », dans les syndicats de police : c'est « 93 Hardcore », un clip du groupe d'Aubervilliers Tandem, exclusivement diffusé sur Internet. Selon les porte-parole départementaux du Syndicat général de la police (SGP-FO), qui demandent l'arrêt immédiat de sa diffusion, les paroles de cette chanson sont « haineuses et antiflics ». « Tout ce clip n'est qu'un appel à la violence, une incitation à la haine, explique Nathalie Orioli, secrétaire départementale du SGP.
On y voit aussi des combats de chiens, des trafics, des armes... C'est lamentable et surtout très grave. Depuis des années, en Seine-Saint-Denis, nous faisons un véritable travail de proximité ; or il suffit d'une simple chanson comme celle-ci pour saccager tout notre travail. »« Cette chanson saccage tout notre travail de proximité » Le syndicat a immédiatement décidé d'en saisir le préfet et le directeur départemental de la sécurité publique. Emotion aussi au syndicat Alliance, où l'interprétation des images choque plus encore que le texte. « Nous avons saisi le ministère dès la semaine dernière, qui devait déposer plainte », confirme l'un de ses représentants. Sur les sites consacrés au rap, le ton est évidemment totalement différent. « 93 Hardcore » est présenté comme un clip événement et reçoit les avis enthousiastes des internautes : « Tout le monde va kiffer », « Franchement, ils démontent tout », « Vive le 93 ! », peut-on lire dans la rubrique commentaires. Plusieurs jeunes sont ravis car Tandem est venu tourner dans leur « tess » (NDLR : cité). Le fameux clip, nous l'avons regardé hier soir. Sur fond de musique rythmée et efficace, il présente en cinq minutes tous les clichés de la banlieue perçue comme violente - voitures brûlées, jeunes regroupés en bandes, liasses de billets, scènes d'interpellation policière au milieu d'extraits de matchs de boxe et de rodéos en quad et à moto... Des zooms sur les noms des villes et des quartiers du 93 accompagnent cette longue chanson qu'on peut résumer par « dans le 93 tout va mal et on est les plus forts ! ». Pour finir, les deux artistes et leurs amis lèvent le poing comme les athlètes afro-américains aux JO de 1968 à Mexico, et l'on revoit l'image de juin 2004 des barres des 4 000 qui s'écroulent à La Courneuve.
"Le Parisien , mardi 18 janvier 2005"